Pages

13 février 2012

Apprendre la vie

Apprendre la vie! On n’apprend pas la vie.
On n’enseigne pas la vie.
On la vit, la vie.

Ce qu’on apprend, c’est la mort.
On passe notre vie à apprendre à mourir.

Et quand on le sait, il est souvent trop tard.
Tout ce temps qu’on a perdu à croire qu’on pouvait apprendre à vivre, à soi et aux autres.
À soi et à ses petits.

Ce qu’on apprend à nos petits, en le leur cachant, en se le cachant, c’est la mort.
À petit feu. Sous le boisseau.
On se raconte des histoires quand on prétend leur apprendre à vivre.
On se peinturlure les entournures pour ne pas voir l’inéluctable.

Puis, un jour, c’est tout plein de craquelures.
Le grand noir au grand jour.
Et là, on apprend. Sur un temps riche, à part ça.
Sur le tas. Une pourriture.
Un levain.

La vie est azyme sans l’autre,
la grand folle qui fait des bulles.

03 février 2012

Môssieu

Dans le cadre du Défi "Histoires de famille", Radio-Canada, janvier 2012, maximum 100 mots


J’avais rendez-vous. J’étais à l’heure. « Monsieur Gignac est légèrement en retard », m’annonça son adjointe. Des yeux ! Trente minutes s’écoulèrent. « Le travail m’attend. Dites au directeur que je serai au 2066 ». Je retournai au labo. Le temps passa, le doute monta. Je sortis du labo, regardai le numéro sur la porte : 2076 ! Le 2066, c’étaient, ce sont toujours les chiottes. Acte manqué ? Je n’ai pas vu le patron ce jour-là. Depuis, je suis retraité. Hier j’ai croisé M. Gignac au cinéma. Dans le corridor qui mène aux pissoirs. Elle s'appelait Nicole.