17 janvier 2010

Page blanche et sans titre

Je suis mort il y a longtemps. Depuis je m'imagine.

J'ai quatre ans. On me l'a dit. Quatre et demi pour sûr. J'ai descendu les deux sections du long escalier de bois qui depuis le logement du troisième mène à la cour arrière que nous partageons avec Ti-Noir, Ti-Bi de l'Abitibi et les autres chauffeurs de Grand-Mère Taxi. Je suis passé devant l'entrée de service du Ritz, cuisine canadienne et repas légers, puis ai longé le long mur aveugle qui va de la cour à la rue. Un taxi de retour d'une course m'a croisé en regagnant le "stand" au fond de la cour, une grosse Dodge de l'année, une 49 noire comme celle que nous avions prise pour aller voir matante soeur à Québec. Là où la cour rejoint la rue, en pleine lumière, j'ai pris le trottoir sur la droite. L'entrée du Ritz, celle de la pharmacie Deschamps. Mademoiselle Cadotte joue les étalagistes. Elle me sourit. Je m'arrête. L'air est doux. Lui tourne le dos. Regarde le bonhomme Lafrenière balayer la rue, le long du trottoir. Puis j'entrevois maman et grand-maman qui reviennent de chez matante Olympe, la modiste, qui n'est pas vraiment ma tante. Plutôt une cousine de grand-maman. Je ne peux y résister. Je cours vers maman en lui criant "Maman !" Tant pour manifester ma joie que pour annoncer ma présence au grand jour. Elle est surprise de me voir là. Je devrais être resté derrière, dans la cour, à jouer avec un petit camion à benne dans un recoin sous les galeries près de la porte arrière de la pharmacie. Je n'ai pas la permission d'aller seul en avant. Mais je ne le sais pas. Maman est un moment décontenancée de me voir ainsi courir vers elle. Je me jette dans ses bras. Grand-maman me lance un regard sévère. Maman me remet sèchement par terre. Replace les plis de sa robe sombre. Regarde autour d'elle. "À la maison, tout de suite !" me dit-elle accélérant le pas avant d'ouvrir la porte qui donne sur le sombre escalier intérieur dont les parois en petit "V" d'un brun très dense absorbent le peu de lumière qui filtre de la rue. Grand-maman passe devant. Maman me pousse entre elles deux. Nous montons. En silence.

Ovide n'a pas encore vingt ans. Le voici sur "la traverse" Lotbinère-Deschambault. Il entend se rendre à Sainte-Flore. Au poste Grand-Mère. Fils d'Alphée et de Joséphine qui cultivent la vieille terre du rang St-Édouard à Sainte-Croix, il a appris du grand-père Casimir et de l'oncle Élisée à travailler le métal dans la boutique de forge de la ferme familiale. Il est doué. Apprend vite, travaille bien et "a de l'idée".

Le XIXe siècle n'en peut plus depuis longtemps. Il est dépassé. Les bonnes terres sont rares. Les jeunes rêvent -de liberté. Certains partent pour les "factories des États". D'autres pour les villes plus proches. Des villes nouvelles, filles des forêts domestiquées et des rivières harnachées. Certains quittent la terre contre leur gré, dépités de ne pouvoir vivre comme leurs pères ont vécu. D'autres, nombreux, ne disent pas quitter la terre. Ils prétendent gagner la ville. Ils partent conquérir l'industrie. Y exercer leurs talents. Y trouver gloire et fortune. À mi-chemin sur le fleuve entre Lotbinière et Deschambeault, Ovide relève sa casquette comme pour dévisager avec l'insolence de son âge l'avenir qui se morfond de l'attendre.

29 novembre 2009

Yvonne Lord ou la bataille des Ardennes

La Bataille des Ardennes est l'appellation donnée à l'ensemble des opérations militaires qui se sont déroulées dans les Ardennes belges et le nord du Grand-Duché de Luxembourg pendant l'hiver 1944-1945. La bataille commence le 16 décembre 1944 par une attaque surprise allemande à laquelle on a donné le nom d'« Offensive von Rundstedt ». Ironie de l'histoire, le vieux Maréchal y était opposé : il estimait que l'objectif était trop ambitieux. Les Anglo-Américains l'appellent « Battle of the Bulge » (Bataille du Saillant) vu la forme de coin que la ligne de front avait prise lorsque la pénétration allemande fut arrêtée. La bataille des Ardennes se termine fin janvier 1945 après que les Allemands furent rejetés au-delà de leur ligne de départ; ce sera leur dernière offensive.
Source: Wikipedia



Le 31 juillet 1937 le docteur André Poisson, originaire de Sainte-Eulalie, épousa à Grand-Mère Yvonne Lord, fille majeure de feu Arthur Lord et de Alice Cantin de la paroisse Saint-Paul de Grand-Mère. Gustave Poisson, avocat, fut le témoin de son frère.

Le Dr André, Joseph Arthur, était né le 23 août 1906. Son père était médecin à Sainte-Eulalie. Tous les témoins ont pu signer le registre après le baptême. Sauf son grand oncle et parrain, le révérend Arthur Lesieur, curé de Saint-Alexis-des-Monts, lequel n'ayant pu se déplacer pour la cérémonie se fit remplacer par Théophile, le frère de l'enfant.

Le 2 mars 1939, Yvonne donna naissance à un fils qu'André nomma Joseph Gustave André Michel.

Marie Alice Yvonne était né le 11 février 1906. Après le baptême, ni son père, ni ses parrain et marraine n'ont pu signer le registre.

Marguerite Bertha Julien naquit le 11 octobre 1906 à Trois-Rivières, paroisse Immaculée-Conception. Elle était la fille de Georges Julien et de Marie Louise Trépanier. Tous les témoins ont signé.

Source: registres paroissiaux du Québec sur Ancestry.ca

16 décembre 1944 (bis).
Marguerite appelle Yvonne. Madeleine, sa soeur de quelques années plus jeune, est sur le point d'accoucher. Ne pas s'inquiéter, de dire Yvonne. Que Madeleine se prépare. Dr André passera la prendre.

Le temps est au verglas. Dr André demande à son voisin de l'aider à poser les chaînes sur les pneus de la Ford. Madeleine met son manteau de drap trop petit, vu son état. Se coiffe gauchement d'une pointe en feutrine jaune qui a déjà connu des jours meilleurs. Et s'assoit sur la grosse valise noire qui attendait depuis quelques jours déjà. Marguerite surveille à la fenêtre l'arrivée du docteur qui demeure tout près.

Dr André arrive enfin. Il prend Madeleine, la femme de Jean, un employé du moulin, et la conduit vers Ste-Thérèse, l'hôpital où elle accouchera. L'hôpital où il accouchera la soeur de l'amie d'Yvonne. Maman l'appelle "Yvonne Lord". "Yvonne" pour suggérer la familiarité, "Lord" pour rappeler, souligner, marquer les origines modestes de désormais Yvonne Poisson, madame Docteur. La grand-mère, la tante, le père et la soeur aînée de l'enfant restent à la maison. Ils attendront le téléphone d'Yvonne à Marguerite qui ne viendra qu'au retour de Dr André quelques heures plus tard.

Après les Fêtes, Louise, la grande soeur du bébé -elle a six ans déjà- fera sa valise et deviendra pensionnaire au couvent, à moins de deux rues de là. La solution s'est imposée d'elle-même. Sinon on aurait dû déménager de ce quartier bourgeois pour retourner vivre en quartier ouvrier. Marguerite, la célibataire, est maîtresse de poste intérimaire à Grand'Mère (guerre oblige) et contribue aux frais du ménage. La grand-mère a durement élevé ses filles. Seule. Maintenant elle règne.

À Louise qui lui demande pourquoi sa maman est partie. Elle répond que c'est ce qui arrive aux enfants quand ils sont méchants. Ailleurs la bataille des Ardennes vient de commencer.

28 novembre 2009

Sais pas trop

Je me suis longtemps cru de Hérouxville et du Plateau. Sais-tu, les gars, que je sais pas vraiment quand je vous ai lâché ou si même... ou si je vous ai réellement lâché. Dans le fond là, est-ce que j'ai déjà été là. Vraiment été. Vraiment là. Sais pas. Ici là. Pas ailleurs. Là. Avec vous autres. Pas sûr. C'est quoi cette distance? Pas vraiment entre vous et moi. Mais entre moi et le monde. Et la vie. Comme un écart. Vous savez, mes amis... mais avez-vous déjà été mes amis. Ou le fus-je ? Quelle est cette langueur entre le cours et la rive, l'air qui coule et la terre qui roule. Ai-je déjà été de Hérouxville ni du Plateau ? Di-de-li, di-de-lou, lon-lère, lon-la.

23 août 2009

Pas le temps

"Désolé. Je n'ai pas trouvé le temps."

Justification universelle dans un monde où l'on sait fractionner la nano-seconde.

22 octobre 2008

Ataka Taboye

Quant à Hannibal, c'est Hannibal Ataka Taboye qu'il s'appelait. On l'appelait Taka Taboye. Takatab, pour certains.

22 avril 2008

L'aube tarde

Pourquoi m'a-t-on tué
Avant que je ne meure

Pourquoi les soirs avant les matins
Les fleurs avant les fruits

L'aube tarde
Encore

30 mars 2008

La mer

Qui de vous m'a dit hier
que la route était si belle
que la mer était si bleue

Qui me dira pourquoi
la route est si longue
et la mer est si loin

21 mars 2008

Salut, les gars !

21 mars 2008
EN MARGE DE LA FERMETURE DE LA BELGO À SHAWINIGAN

______________________________________

Salut, les gars !

Que dire ? Sinon que cette fois c'est la fin. Partie la Belgo. Pour de vrai. Ne subsisteront bientôt que des traces. Celles des bâtiments, bien sûr, des équipements de fonte et d'acier, des huiles dont on lubrifiait les machines. Mais les traces ne sont pas une véritable présence. Ce ne sont qu'évocations d'une présence ancienne. Les traces sont des musées, ces lieux où l'homme moderne célèbre le culte des ancêtres. Le pays mauricien est couvert des empreintes de la belle en allée. Sa trace est partout sur la terre et les eaux de l'autour immédiat et de ses environs: arbres verts déchiquetés, eaux vives et limpides contenues et brouillées, ciels clairs assombris.

Et surtout des hommes séduits, puis courbés et broyés par la machine. Écrasés, lisses et minces comme une feuille papier. Aplatis. Ce sont eux la pâte dont on fait le papier. Ce sont eux l'huile avec laquelle on lubrifie les machines. Ce sont eux le fer et l'acier dont on fabrique les bêtes à manger le bois et à cracher le papier.

Le XXe siècle commençait à peine sa carrière de conquérant. Ovide n'a pas encore vingt ans. Le voici sur "la traverse" Lotbinère-Deschambault. Il entend se rendre à Sainte-Flore. Au poste Grand-Mère. Fils d'Alphée et de Joséphine qui cultivaient la vieille terre du rang St-Édouard à Sainte-Croix, il avait appris du grand-père Casimir et de l'oncle Élisée à travailler le métal dans la boutique de forge de la ferme familiale. Il était doué. Il apprenait vite, travaillait bien et "avait de l'idée".

Le XIXe siècle n'en pouvait plus depuis longtemps. Il était maintenant dépassé. Les bonnes terres étaient rares et les jeunes rêvaient de liberté. Certains partent pour les "factories des États". D'autres pour les villes plus proches. Des villes nouvelles, filles des forêts domestiquées et des rivières harnachées. Certains quittent la terre contre leur gré, dépités de ne pouvoir vivre comme leurs pères ont vécu. D'autres, nombreux, ne disent pas quitter la terre. Ils prétendent gagner la ville. Ils partent conquérir l'industrie. Y exercer leurs talents. Y trouver gloire et fortune. À mi-chemin sur le fleuve entre Lotbinière et Deschambeault, Ovide relève sa casquette comme pour dévisager avec l'insolence de son âge l'avenir qui se morfond de l'attendre.

Ils sont nombreux comme lui à affluer vers Ste-Flore, dans le secteur qui deviendra bientôt Grand-Mère, pour travailler au "moulin" de la Laurentide. Il y eut plus de 2000 nouveaux arrivants entre 1896 et 1901. La plupart viennent de ce côté-ci du fleuve. De St-Stanislas à l'Est ou de St-Barnabé à l'Ouest. Les vieilles paroisses sont prodigues de jeunes hommes vigoureux. La plupart connaissent déjà quelqu'un dans la place. Un oncle, un cousin, un frère. Dans le cas d'Ovide, venu d'aussi loin que Lotbinière, l'affaire avait été arrangée par un cousin plus âgé qui en avait vanté les mérites à son "foreman". Aussitôt arrivé à Grand-Mére, il entre donc "au Moulin" comme apprenti "millwright".

Il est vite remarqué. Son zèle et son génie compensent largement pour son tempérament frondeur. Ou plutôt c'est dans le zéle et l'invention qu'il exprime son tempérament autrement frondeur. Il progresse vite dans le métier surtout qu'il décide très tôt d'apprendre la langue des maîtres dans l'espoir évident de s'en affranchir. Il suit ainsi quelques cours d'anglais et surtout marie une belle Irlandaise venue de Québec, fille de John Patrick et de Sara Ann. Nous sommes en 1908.

Fort de sa compétence technique et de sa progression dans l'apprentissage de l'anglais, il devient vite le bras droit du "boss de la machine shop". Le département est débordé par les tâches de réparation, d'entretien et de maintenance des équipements, mais Ovide ne peut se contenter de maintenir les choses en état. Il se lasse de réparer. Il se lasse même de trouver des manières plus efficaces pour réparer et entretenir l'équipement. Il projette de nouvelles façons de produire. Il invente de nouveaux équipements comme cette "machine à confectionner les paillassons métalliques pour le pressage de la pulpe" qu'il fait breveter en 1922 (voir http://patents.ic.gc.ca/cipo/cpd/en/patent/221798/summary.html ).

Il est alors dans la force de l'âge et se donne corps et âme à ses projets, délaissant d'autant Mary-Jane et les enfants à qui il promet pour leur peine un brillant avenir. Mais la fébrilité de créer est telle qu'il ne peut voir à quel point il est absent aux siens. Il ne sait non plus ni ne pressent qu'il le sera bientôt encore plus. Avec l'aide de quelques collaborateurs il parvient à intéresser la "Canadian Vickers" à ses inventions de telle sorte qu'il peut enfin expérimenter à l'échelle industrielle sa "machine à fabriquer des filets mécaniques pour machines à pulpe" à l'usine J. Ford à Portneuf. Durant le seul été 1923, il fait trente-deux fois le voyage entre Grand-Mère et Portneuf tout en continuant à travailler au moulin de Grand-Mère. Tout baigne dans l'huile. Ovide connaîtra bientôt la gloire et la fortune. Il est venu ici pour ça. À la mi-septembre, l'expérience est concluante. Le procédé est viable. Il ne manque qu'un peu de fignolage. Mais Ovide a tout donné. Il revient d'un voyage à Portneuf atteint d'une pneumonie foudroyante qui l'emporte en quelques semaines.

C'était en novembre 1923. Son fils aîné a à peine treize ans. Jusqu'alors vif et enjoué, il devient taciturne et solitaire s'enfermant de longues heures dans sa chambre. Il ne pleure pas la mort de ce père qu'il a si peu connu. Quelques mois plus tard, en 1924, c'est dans l'indifférence qu'il apprend par La Presse que "dans quelques semaines, il sera enfin donné aux intéressés d'assister à la démonstration définitive de cette grand invention, dans les modernes usines de la Belgo Paper Company, à Shawinigan Falls. Les derniers préparatifs se font actuellement à la Canadian Vickers, à Montréal."

Entre temps, des carnassiers ont fait main basse sur les promesses de gloire et de fortune. Profitant de la faiblesse d'Ovide dans ses dernières heures, ils l'ont bercé de belles paroles parvenant ainsi à le convaincre de leur céder ses droits. Plus tard la belle Mary-Jane tente en vain quelque recours, mais elle est ruinée. On peut acheter à vil prix sa renonciation. L'avenir tantôt plein de promesses était vite devenu sombre et bouché. Jean, le fils aîné, continue un moment ses classes à l'Académie du Sacré-Coeur dans le tumulte et le bouillonnement caractéristiques des villes industrielles en plein essor. Mais il ne peut poursuivre longtemps. Comme bien d'autres, il doit "faire sa part". Bien qu'il n'est pas particulièrement costaud, il "entre au moulin", à la Laurentide, à l'époque où les plus fluets "entraient chez les frères".

Le travail est dur. Mais papa tient de son père un esprit technique inventif et une détermination silencieuse. Il s'inscrit donc à des cours par correspondance dans l'espoir de devenir dessinateur industriel et ainsi pouvoir quitter le plancher de l'usine qui ne convient pas à sa complexion délicate. Il met longtemps à atteindre son but partageant son temps entre l'usine et le bureau de dessinateur qu'il a aménagé dans un recoin discret de la maison pour pouvoir étudier et pratiquer à son aise les exercices imposés qui lui parviennent régulièrement par la poste. C'est d'ailleurs au bureau de poste, où il va chercher son courrier, qu'il rencontre maman, Madeleine. Mais c'est une autre histoire.

Ici nous sommes en 2008. Le XXIe siècle veut vivre. Et c'est maintenant d'une autre belle qu'il s'agit. D'une belle en allée dont il ne restera bientôt que des souvenirs dans la tête des hommes, bouffée qu'elle est par ce nouveau siècle qui se languit de prendre toute la place. « La page est maintenant tournée à l'usine Belgo » titrait hier Le Nouvelliste. Ce livre dont on tourne les dernières pages, c'est bien sûr celui de la Belgo du Belge Biermans, mais c'est un peu aussi celui de la Laurentide du Montréalais Forman. C'est surtout le livre de nos frères, de nos pères et de nos grands-pères qui ont été l'âme de ces usines dont les machines à papier étaient le coeur.

Depuis l'annonce de la fermeture de la Belgo, les gros canons tonnent, tempêtent et tonitruent qu'il faut "se serrer les coudes et mettre l'épaule à la roue". Certes il y a un temps pour se retrousser les manches, mais il y en a un aussi pour pleurer. Et il faut le prendre ce temps de pleurer nos morts.

Toi mon cousin retraité de la Laurentide, as-tu encore le "punch de millwright" d'Ovide que je t'ai laissé il y a quelques années ? Toi le fils au Joachim, le brochet "narfé" qui refusa de "rentrer" après la grève de 1955, que te reste-t-il de cet homme droit qui fut l'ami de papa ? Et moi, que j'aimerais donc pouvoir ouvrir les tiroirs de ce vieux coffre vide d'outils qui avait appartenu à Ovide et qui déjà quand j'étais enfant semblait être une relique d'une autre époque dans le fond de la "dépense" où on l'avait oublié. Et vous autres, les gars de la Belgo, dans votre grand ménage avant fermeture, avez-vous rencontré des traces d'Ovide? Une plaque sur une vieille machine avec un nom et numéro de "patente" ? Une vieille casquette en lambeaux, oubliée, perdue depuis si longtemps...

Tout ça pour vous dire que même si je ne suis pas un fils de la Belgo, même si je n'ai jamais travaillé à "la Consol", même si des pans de cette histoire sont pure invention, voir fermer la Belgo c'est un peu voir mourir grand-papa, et papa, et les oncles, et leurs frères, et leurs fils. Salut les gars !

L'auteur
fils et petit-fils de travailleurs du papier

05 février 2008

Je marche droit

J'ai toujours marché droit.
On me l'a appris.

Je suis allé chez les uns et les autres.
C'était bien ainsi.

Encore aujourd'hui je marche droit.
Destination nulle part.

Lentement, sûrement.
Sans hâte, avec frénésie.

Je marche droit.
Et pourtant j'ignore encore votre nom
Et celui de l'aube et du couchant.

Inéluctable avancée diffuse
Vers l'aurore sombre
Des glaciers éteints.

06 janvier 2008

Comment

Comment saurons-nous
que nous sommes morts
avons été
fumes
Comment
dites-moi comment savons-nous
que nous vivons

20 août 2006

À vide

Le souffle court
Le coeur à vif
Le corps à vide

L'âme grise
L'arme à gauche
Fleur fanée

Soupirs railleurs
Souper ailleurs
Sous la rosée

30 mai 2006

L'arbre rose

Je ne verrai plus l'arbre rouge
si fin si frêle

Il y a tant d'arbres verts
si gros si forts

22 avril 2006

Bientôt...

Bientôt
Il n'y aura plus de bourgeons
Que des fleurs
Et des feuilles

Et des fruits
Et mon coeur...

Ce sera demain
Et nous serons le jour d'après

17 mars 2006

Dernier hiver

Un soleil
triste
Coule tout doux

Un vent
frais froid
Brûle mes joues

C'est presque fin d'hiver blanc

D'un pas lourd lent
je marche
Pour la dernière fois

Tu as grise mine
ma ville
Couverte d'abrasifs

Lavis d'hiver
en allant
La vie, la vie en allée

Rares neiges
sèches sales
Sans âmes

Marie-Anne
La belle, ma belle
pleure, pleure
Coin Garnier

Et je m'en vais
me dire, me dire
Que je m'en vais

C'est la dernière fois
que je marche
Pour la première fois

Rituel d'écriture

Marcher
Marcher à fendre l'âme

Laisser les mots
Couler par la brèche

Recueillir la sève
Faire le feu
Laisser réduire
Jusqu'à consistance désirée

13 février 2006

Je ne suis pas libre d'écrire : vous me lisez


Un arbre
Très vieux
Très gros
Tordu
Vrillé

Monte péniblement vers le ciel
Avant de mourir

Des patineurs
Très beaux
Très jeunes
Glissent
Tournent
Vont et viennent en boucle

Sur l'étang
Gelé

Un lecteur
Ni vieux ni jeune
Ni beau ni laid
Une femme sûrement

Rent a car in Lebanon

Gebal-Byblos
Terminus
Tout le monde descend

Pour un café
Infâme
Au Dunkin Donuts
Café des Infidèles
Jbeil

Je ne suis pas libre de vous écrire : vous me lisez

05 février 2006

Une note bleue

Je t'implore
Je t'explore
Et je plore
Au vent mauvais

Je m'exporte
Tu m'importes
Je te porte
Et m'emporte

Je te prie
Je te plie
Je te prends
Deça delà

Pareil à la feuille morte
Tout doucement sans faire de nuit
Je suis venu te dire
Les jours anciens
Et je pleure

Te dire
Et je pars


Sur le thème du "trombone fatigué"
proposé par Coïtus Impromptus V2, février 2006

02 février 2006

Souvenirs de Volovostock II

Peut-être eut-il mieux valu que la grande Chicoine aux yeux verts, figure emblématique de la relaxation luxuriante et de la sexualité horticoliforme qui fit se morfondre en pâmoison des légions d'adolescents alors que le gros Bordeleau aux jambes arquées faisait se tordre les adolescentes de plaisir à sa seule vue, peut-être eut-il mieux valu qu'elle se penchât sur le sort des crapauds envahisseurs dont l'espèce importée de Barbarie Mineure au hasard des circonvolutions du Grand Tornon Express de la Volodistan Railway menaçait la survie des mouches à miel dont les nébuleuses stridentes multipliaient jusqu'à quelques fois par dix le nombre d'alternances du jour et de la nuit dans les montagnes de la Grande Botanesque au lieu comme elle l'a fait de se morfondre en vaines récriminations sur la distribution des fonds alloués par l'État pluri-central à l'insémination cyberpéridermique des femmes porteuses dont les facultés reproductrices étaient mystérieusement tombées sous la barre du zéro Gardian au lendemain de la fin du commencement de l'interminable altercation entre les Korasses d'Euthanasie de l'Est et les Pilasses de Souverénie, chamaille épique dont les retombées ont accéléré le déclin de l'Empire. Mais si tel avait été le cas nous n'en aurions jamais rien su tant le murmure de nos souvenirs aurait été couvert par le libre cours des stridences nébuleuses de telle sorte que moi, Alexandre Samuelson, je ne pourrais pas aujourd'hui ni demain vous narrer d'aussi élégante façon ce qui ne survint pas. Point, foi d'Eugène Proteau.

01 février 2006

Souvenirs de Volovostock I

C'était un matin de juin. L'année importe peu puisqu'il n'est rien arrivé. Je n'avais pas dormi depuis une dizaine de mois. Ou peut-être moins. C'est ce qui ressort du téléversement scripturaire de la mémoire flageolante d'Eugène Proteau, le protozoaire protoplasmique. C'est ainsi que vous m'appelez. Du moins il me semble.

Vous, vous n'aviez pas encore vos lunettes noires. Celles sous lesquelles vous disparaissez sans que rien n'y paraisse. Vous étiez donc là. Alors que maintenant...

En ce temps le temps s'écoulait en spirale tandis que le grand Réal agglutiné autour d'un bol gluant de café sirupeux ruminait des orages à venir. Ce n'était donc pas un acouphène ce grondement lointain. Mais peut-être n'avez-vous rien entendu à cause du bruit assourdissant d'une nébuleuse de mouches à miel en errance.

Le chèvre chaud puait. Un mauvais chèvre. Et pourtant il n'est rien arrivé. C'est précisément pour cette raison que je m'en souviens. Autrement j'aurais tout oublié. Comme ce matin de juin. L'année importe peu.

À cette époque de grande déconfiture des hordes de crapauds guerriers parcouraient les vallées à la recherche des derniers claustrés, rares survivants du gel vert qui s'était répandu sur les contrées boréales à la faveur d'une élection fumeuse qui, c'est ce qu'on prétend, fut la dernière. Depuis, il n'est plus rien arrivé. Sinon j'aurais oublié. Comme ce matin, au déjeuner, alors que j'étais seul avec Eugène Proteau. Vous portiez vos lunettes noires.

Je suis Alexandre Samuelson, le dernier des facteurs d'orgue à tétons du Volodistan à pratiquer son art à Volovostock aux marches de la Barbarie Mineure. Vous êtes, Alexandra MacDonald, ombre d'un souvenir éteint, jardin de fleurs séchées sur les rives du Grand Lac Ensablé.

25 janvier 2006

À la brunante

Le vent tombe
Les fleurs se taisent
L'orage ne gronde plus

Un goût d'amandes
Flotte
Dans l'air

Ciel onctueux persillé de blanc
Sur fond bleu

Et si nous marchions
Encore un peu
M'écouteriez-vous

Et si je vous disais
Il fait ciel d'aurore
Et c'est pourtant brunante
M'entendriez-vous

18 janvier 2006

Virgule

Aux rives immortelles
Des songes d'étés
En allés

Le coma
Nuit éternelle
Virgule flottante

Point final
Sans décimer ni décimale
Nombre entier

Irrationnel
Suspens

17 janvier 2006

Loin comme Hochelaga

Paru d'abord sur Coïtus Impromptus V2

Elle était la fille d’un notable de souche
Prospère notaire d’Hochelaga
Marie-Louise était destinée à un riche marchand des villes

C’était à la fin de l’âge du cheval
Des Chinetoques de misère ont construit une voie ferrée
Au bout de la rue

Marie-Louise aimait marcher de l'autre côté
Là où le monde est différent
C'est là qu'elle a rencontré Georges

Ils ont pris le train pour s'établir plus loin
Beaucoup plus loin
De l'autre côté de Glenada où s'arrête le train
Plus loin que Glenada

Pour alimenter les commerces des nouvelles villes
Industrieuses
Sur les bords de la Rivière-aux-tumultes

Fils d’une lignée de marchands grossistes
Georges était plusieurs
Ils eurent six enfants quatre filles

Un jour le marchand s'enferma dans une chambre
De sa maison bourgeoise
Ne marchanda plus rien
Refusa de sortir

Des hommes en blanc vinrent le chercher
On l'enferma à Saint-Michel
À l’asile

Le temps passa
Il prenait du mieux disait-on
Elle refusa son retour

Tous s’entendaient
Curés notaires et autres marguilliers
La neurasthénie quand elle frappe l’homme
Est une condition
D’exclusion
À perpète

Marie-Louise se tint droite
Emménagea dans une maison ouvrière
Sur la rue Bordeleau

Derrière il y avait un poulailler
La voisine ne connaissait ni les bananes
Ni le lin des nappes

Marie-Louise se fit couturière
Sa mère d’Hochelaga lui fit envoyer un piano
Pour l’éducation des demoiselles

Tout était pour le mieux
Une nouvelle ère/aire s’ouvrait à eux

12 janvier 2006

Love Fitness

La version originale de ce texte a été écrite pour Coïtus Impromptus

T0
J'ai trouvé! J'ai eu une illumination en marchant ce matin. C'est pourquoi j'aime marcher. J'ai trouvé! Je change de nom. À compter d'aujourd'hui je ne m'appelle plus Rémi Michaud. Dorénavant, je serai Abdul Parish.

T1
Je m'appelle Abdul Parish. Mon nom souligne marque ma double origine. Je tiens le Parish de mon père qui fut d'abord pasteur à Dalhousie Station avant que d'être nommé ambassadeur de la Grande-Dalhousie en Perse. C'est là qu'il a connu ma mère par l'entremise entremetteuse de l'oncle Abdullah qui fit d'ailleurs la fortune de toute sa famille en vendant trois de ses nièces à des diplomates étrangers dont mon père le révérend Parish.

T2
Ce matin en marchant j'ai décidé de faire fortune. Je décide souvent de faire fortune en marchant. C'est pourquoi j'aime marcher. La fortune sourit à ceux qui marchent tôt disait l'oncle Abdullah qui fut un temps entraîneur de l'équipe olympique féminine de football de plage de Badgag. Coïncidence, mon père fut aussi un temps entraîneur à Badgag. Il avait charge d'âmes disait-il en réponse aux cris de Maure de ma mère quand il revenait épuisé de son programme d'entraînement avec les meneuses de claque du club de ringuette de al-Jadida. J'ai décidé de faire fortune en mettant à profit ce double bagage culturo-sportif qui est mon héritage le plus précieux. À compter de ce matin, je me mets à l'écriture d'un livre pratique sur l'entraînement à la baise sportive à être publié aux "Éditions Fitness".

T3
4e DE COUVERTURE
Que vous soyez un baiseur chevronné ou que vous vous livriez à la baise simplement pour le plaisir et pour être en forme, vous apprécierez les conseils d'Abdull Publish, le large éventail d'exercices et les programmes d'entraînement que cet ouvrage vous donne:
  • des conseils pour commencer un programme d'entraînement en baise sportive, du choix du ou de la partenaire à l'évaluation de votre niveau de forme actuel;
  • six zones d'entraînement contenant 56 exercices (45 d'intérieur et 11 d'extérieur) qui vous permettent de vous entraîner à votre rythme;
  • six programmes-échantillons qui vous indiquent comment organiser vos exercices en toute sécurité et avec efficacité selon un plan qui satisfasse vos besoins.

Écrit par un expert "La Baise Sportive" fait partie d'une nouvelle série qui permet à ceux qui veulent être en forme et à tous les baiseurs, quel que soit leur niveau, une approche adaptée et pratique afin de leur permettre d'établir un programme d'entraînement efficace.

Dans la même collection:
Histoire raisonnée de l'amour analogique.
Prolégomène à l'amour digital.

31 décembre 2005

Silences, blogues et turlupettes

Je crie
pour ne pas être entendu

Je tressaille
d'allégresse
Et Joyeux Noël vieux frères

Je trépigne
d'impatience
Et Bonne Année grands-mères

Je blogue
à tout vent
La grande roussse
même s'est tue
Seule badine
Nadine du non-lieu
Dits, édits et diktats


Je piaille
Le coeur sur la paille

Le silence m'effraie
Je vous parle
parle et vous parle

Seul me vient l'écho
Morose
De mes silences
Tus

On tourne
Terre ronde
On tourne en silence
Et je crie pour ne pas être entendu
Parmi les silences lus

27 décembre 2005

Souvenirs

Comme un tiroir entrouvert
Désordre familier
Traces

Clac

Le dernier solstice

La version originale de ce texte a été écrite pour Coïtus Impromptus

Ne dites pas ma belle
Que le soleil s'est arrêté
Un soir de décembre
La neige était belle
Noire

Ne dites surtout pas ma belle
Que nos jours sont comptés
Qu'il n'y a qu'un hiver
Le dernier
La dernière étreinte
Le dernier solstice

Ne dites rien ma belle
Surtout pas
Que nos jours sont comptés
Que la dernière nuit
C'était la nuit dernière
Neige noire

19 décembre 2005

Les orignaux du soir

Quel émoi
Quelle brûlure
On sonne à la porte

Les outardes passent droit
Ne font plus halte
À Saint-Barthélemy
Foncent sur Kuujjuaq

En lieu j'entends la plainte lascive
Des femmes de slush
Rires éteints
Redoux des lendemains de bordée
Ni chaud ni froid

Méchante belle tempête
Des cristaux
De feu
Pincent
Tout doux

Vous avez bonne mine
Ce matin ma vieille
L'oeil espiègle

On sonne à la porte
Où sont les orignaux du parc Lafontaine
Où sont les mousses les lichens

Des chenilles déneigent la glace de l'étang
Des patineurs derrière

La sonnerie de la porte
S'est tue
S'est tue
À la nue
Accablante

11 décembre 2005

Dimanche

Un ciel
voilé
À demi

La neige
bleue
Dans les champs

C'est dimanche
Décembre en gris
Fadeurs d'hiver

02 décembre 2005

Nuit d'hiver

L'aurore tarde à venir
J'entends un éclat blanc
Sec
Des grincements
Assourdis

La neige sèche dans les champs
Se déchire
Tonne

La chair des bouleaux
Là-bas derrière la maison
Se tord comme une souffrance

Il n'y a bête qui vive
À cette heure encore
Et pourtant c'est le matin

Des fumées montent dans le ciel
Des prières pour qu'enfin vienne l'aurore
D'une gaze rose
Panser la morne nuit d'éternel hiver

28 novembre 2005

Où sont...

Où sont les fruits, les fleurs et les feuilles
Où sont les poètes et les joueurs de luth

Il pleut froid sur Montréal
Le verglas couvre tout
Brillance fugace
Éphémère linceul
Tout s'arrête un seul jour

Ploient les branches
Sans fruits, fleurs ni feuilles
Meurent les poètes
Sans un cri, ni pleurs

Personne pour célébrer le deuil
Le deuil

Des vieillards encore jeunes
L'âme déjà pétrifiée
Pissent sur les incandescentes
Naissances

Plus rien ne vaut
Ils pleurent de n'avoir que des souvenirs
Froids

Bandes de vieux crisses de chiâleux
Vieilles slush sans corps et sans coeurs
Des lendemains de verglas
Regardez comme la neige est belle qui vient
Qui vient

20 novembre 2005

Conjugaisons

C'est à l'assertif présent
Que je suis
Je crois tu crois nous croyons
Pour être

C'est au dubitatif de tous les temps
Que je vis
Je chante je ris je pleure je crie
Pour vivre

C'est à l'imparfait du disjonctif
Que j'aime
Pour ne pas mourir
Tout à fait

Votre cul tel un iris d'eau
Se balance au dessus du temps
Et mourir se conjugue
Souverain
Au présent du poétif

Le dernier métro

Je ne prendrai pas le métro
Je n'ai pas de correspondance
J'ai oublié
Ni mes lettres de créances

D'où je viens il n'y a pas de gens heureux
J'ai oublié
Où je vais je ne sais la couleur des feux
Ou est-ce le ciel qui se mire dans mes yeux
Rouge

Est-ce que jeudi matin te convient, vieux frère?
Si tu savais tout ce qu'il nous reste à faire
Depuis hier
Jusqu'à demain

Surtout ne rien dire
Ne pas croire pour ne pas pleurer
Rire

Le métro partira sans moi
Je marcherai droit
Jusque là
Si je frisonne
C'est qu'il y fait froid

Surtout ne croire personne
Ni dieu ni Diable
Bien au delà
Charivari et grand aria
Nous partirons ensemble pour Ouarzazata

Vous avez marché jusqu'ici! me direz-vous
Avez-vous vos lettres de créances? me demanderez vous

19 novembre 2005

Si nous n'étions que...

Des coccinelles
bleues
Des salades
vertes
Des macaques
casaques

À la dérive
au large de Causapscal

Codicilles
au désordre du monde
Souvenirs
anachroniques du futur antérieur
Vire-capots
de la survenance

Banc de krill
à l'ouest de l'Antarctique

Festin de la grande baleine

L'église Saint-Stanislas

Trois chaises à la main
Il sortait du grand bazar
Maladroit

N'apportez pas vos chaises en paradis
Lui avait dit la vieille femme
Les places sont réservées

Chacun son bac vert
Avait répondu l'autre
L'homme aux cheveux bleus

Qu'ils reposent en paix
Avait marmonné le curé
Désoeuvré

La table aussi
Était bancale

L'odeur des mots

Je suis un pèlerin
de l'imaginaire
Un itinérant
de la lettre morte

Je me recueille
dans les livres d'images
Je me cueille
comme feuille morte

Je marche
sur le flanc d'un volcan
Je ne veux pas naître

Je randonne
Je m'abandonne
Je déraisonne

Je me cramponne
Aux glaces noires du silence

Je me tais
Et vous dit la grâce
de l'espace blanc

Du blanc béat
B-A ba
Thuriféraire de l'abécédaire

Je suis un recycleur
Un farfouilleur

Les mots sont des bacs verts
Pêle-mêle de pense-bêtes
Je suis un bricoleur
un recycleur

Un mot ou l'autre
De temps à autre
S'enflamme
et se consume

Brûle le sens
Comme brûle l'encens
Autour des catafalques
Où reposent les proses frigides

18 novembre 2005

Vous êtes en retard

Vous êtes en retard
Couleur somptueuse de la beauté
Je ne vous attendais plus

Êtes-vous seule
Et vos soeurs qui vous accompagnaient
Ont-elles péri dans les affres noires

Restez je vous en prie
Ne partez pas si tôt
L'hiver est si près

Et vous effluves somptuaires de l'ambre gris
Que ne ravivez l'extase et l'enchantement
Je souffre depuis hier ou ne sais quand
Tant le temps est sombre et lent

Lumière blanche

Il y eut un été
Il y eut un automne
Ce matin
L'hiver

D'un coup sec

Froid qui me pince l'âme
Je marche doute au corps

Il n'y a pas de neige
Pas encore

Mais la lumière
La lumière
Toute blanche

17 novembre 2005

Aujourd'hui

Depuis l'aube
C'est la chicane
Le soleil et les nuages

Le vent
Tantôt va trancher

16 novembre 2005

L'inspiration vient en marchant

Tu me zigonnes les neurones
Tu me phagocytes les astrocytes

Puis ça fait tilt
Pas de partie gratuite

Le vent se lève
Fort
La pluie tombe
Dru

Je me réfugie
Chez Papi
Repas légers
Un expresso bien tassé

On s'est trompé
On va changer d'côté

C'est pas pour aujourd'hui

15 novembre 2005

Vos gueules, les mères de notaires

Vos gueules, les mères!
Les bonnes mères
Les mères parfaites
Les mères de notaires
Laissez-moi vivre
Laissez-moi dire
Faites-moi rire

Vous m'avez dit qui j'étais
Vous m'avez appris mon rang et mon sang
Je suis qui vous avez dit
Ma mère

Vous leur avez dit le bien et le mal
Inculqué des vérités bien faites
Ils pensent droit, ils pensent court
Mes petits qui n'en sont plus

Vous nommez leurs émois
Leurs joies leurs peines et leurs colères
Vous inventez leur âme
À vos petits si petits

Vous êtes nos mères
Responsables et mesurées
Parfaites
Nous sommes vos enfants
Fugueurs aux fougues fugaces
Gentils
Obéissants

Vos gueules, les mères
Fausses domestiques
Qui domestiquez l'enfant fauve
Au nom du père
Et du père

Lui au moins on peut le tuer
C'est répertorié
Pas vous les parfaites
Les imperfectibles
Les pas tuables

Je vous veux irresponsables
Houleuses
Et turbulentes
Berçantes tolérantes
Berceuses heureuses

Je vous rêve sans mission
Ne sachant pas qui je suis
Ne me disant pas ce que je pense
N'inventant pas mon âme

Cessez d'être mères

Laissez-nous la vie
Puisque vous la donnez
Je vous aime irréfléchies et maladroites
Et vos petits malappris mal dégrossis

Bien malgré vous ma mère
Je suis parvenu à ne pas être notaire
Quoique votre fils ma soeur soit administrateur
J'espère pour lui qu'il sache lire encore
Et vous ma fille je rêve pour votre fils
Des troubles de l'âme qui le feront naître

Jamais je ne pisserai sur vos tombes
Mères parfaites
Puisque vous êtes immortelles

04 novembre 2005

Les derniers humains

Entre le Café Byblos et les Derniers humains
J'erre espace blanc je te cherche

J'ai longtemps fréquenté le Porté disparu
Pour les yeux d'Hélène
Le soleil du matin
Toutes lumières irradiantes

Portes closes
Paupières fermées

J'erre espace blanc je te cherche
Entre le Café Byblos et les Derniers humains

Ici Emela la patronne la mère
Règne
Lumière crue vive froide
Mère de toutes les certitudes

Là le jugement dernier n'aura pas lieu
Le patron patibulaire prononce un non-dieu
Feu catatonique
Restes humains non-identifiés

Les mustangs ne courrent plus
Sur l'écran du Château
La marquise précise
Dieu est pardon
Célébration à 10 heures

J'erre espace blanc je te cherche
Il y a si peu de la coupe aux lèvres
Entre le Café Byblos et les Derniers humains

31 octobre 2005

Je suis un peuple métèque

Je suis un peuple sans feu ni lieu
Un peuple métèque
Je suis de braises et de cendres
De glace et de lacs

Frette et blanc
Noir et grand

Mornes éclats de nos aïeux
Débats sans foi ni dieux

Nous sommes des chasseurs sédentaires
Des agriculteurs nomades
Des guerriers sans peurs
Pacifistes sans réserves

Je suis de Poitiers en Poitou
Toujours m'a raconté ma mère
Je suis de Normandie
Dit mon père en écho

Tous les deux sont morts à Belfast
Affamés, trucidés, suicidés
Tous les deux venaient de Londres
Avaient fait fortune à Édimbourg

Ils étaient commerçants et mendiants
J'étais orphelin de rang

Qui donc récoltait le maïs
Naviguait dans l'écorce?
Qui donc a couru les bois,
Négocié la fourrure?
Cultivé la terre,
Imaginé les villes?

Et coupé le bois, et vendu le bois?
Et construit les bateaux
Et vendu les bateaux?
Et fait la guerre
Et parcouru les mers?

Quelconques conquérants conquis
Dont l'ailleurs est ici
Les hivernants sont repartis
De corps ou d'esprit
Les autres habitent toujours ici
De coeur et d'esprit
Bandes d'habitants

Conquérants conquis et cocus font bon ménage
Dans ce pays qui n'existe pas
Ce pays sans patrie
Ce pays castré
Par ses mères patries

Cessez vos rêves insensés
Vous serez pendus au Pied-du-Courant
Irresponsables ingouvernables

Établis le long des voies d'eau
Habitants des villes, habitants des champs
Creuseurs de "chenails" et de canaux
Poseurs de tails* et de rails
Jarrets noirs et autres colons,
Des rongeux de balustre en colère,
Des Bloques, des Chintock et des Pollock
Pas encore de Kmers ni de Viets
Des suceux de nanane
Mais pas encore de mangeux de pain naan
La Barbade est loin sur les pintes de mélasse
La Grenade n'est surtout pas un fruit
Et pas encore une île
Les Syriens sont des juifs qui fréquentent la messe
Et communient sous les espèces

Sam et ses Steinberg ne sont pas un groupe rock
Et je ne rêve pas encore de tartinade Mouhara chez Adonis
Une patate sauce au Ritz,
Chez Cassar, le père, me comble d'aise

Existe-t-il ce vaillant Morini
Du régiment de Carignan?
Jean-Talon avant d'être marché
Fut-il vraiment intendant?
On dit que Deschamps était un humoriste
Et que Michel Mpambara fait salle comble
À Chicoutimi

Je roule à vélo sur le Lakeshore
Avec Abramson le bourru et Notkin l'obséquieux
Neale la rigolote et Deslauriers le polyglotte
Un peloton du dimanche sans histoire.
Vous dites, mon cher Venster?

La planète est une peau de chagrin
Ratatinée, de boue séchée,
L'or noir fume et m'enfume
L'ours polaire se noie sous les tropiques
Le fleuve est un chenail à creuser
Les journaux sont des galettes à la menace
Quand les hommes vivront d'amour

Quand les hommes vivront d'amour
C'est plein de misères plein de misère
Nous ne sommes pas morts mon frère
Nous ne sommes pas forts mon frère

Romain, cyrillique et grec, les alphabets,
Ni romain, ni cyrillique, ni grec l'alphabet
On écrit de droite à gauche
De bas en haut et inversement
Vous êtes de l'Inde ou du Pakistan
De l'Argentine ou du Salvador
Philippin! vous m'en direz tant
Les prix sont bons chez Sakaris
On se bouscule à l'Olivier
Pour la viande Halal de Monsieur Rekik
Célestine servira ce soir son poulet créole

Je suis un peuple métèque
Rien qu'un peuple d'habitants

Nous sommes vivants mon frère
Et il nous plaît de vivre ensemble
À la métèque à la Manic

Tamdidelam, tamdidelou
Tamdidelam, didelou

La coque rouillée du Majestic
Fend l'eau du chenail
Le fleuve est à refaire

Je suis un peuple d'habitants
Sans droit de cité
Je suis un peuple de métèques
Sans feu ni lieu

Une terre à inventer
Une terre à partager
D'ousse que ch'ue
D'ousse que t'é
Ousse qu'on é

Tamdidelam, tamdidelou
Tamdidelam, didelou

30 octobre 2005

Déjà l'hiver

Je ne crois plus que la terre est ronde
Mais dites-moi au moins qu'il ne neige pas à Lisbonne

Je n'irai pas à Carcassonne, avec vous,
Ni ne verrai Agrigente, dame,
Tant l'éclat de vos yeux
A d'ores la couleur douce du repos

Cessez de vous tourmenter
Ni de pleurer, ma belle

Dormez, dormez, belle Corrine
L'hiver est si vite arrivé
Puisque déjà fleurit le dernier printemps

17 octobre 2005

1965

Ayant réalisé le procédé inverse de l'endosmose abusive de l'assertorique dans l'apodictique, le comédien s'asseoit dans la salle et se donne un spectacle;

Et c'est un monde à mourir de rire, un opéra sur un air de twist où le barbier de Séville, un nommé Garofi, devient cycliste funambule et lave les dents de l'hippopotame avec une brosse à plancher.

Le bal des voleurs de réverbères et des allumeurs de banques... Et le charmeur de serpents qui meurt dans son char, une grappe de chats à la main... C'est la vraie foire aux encres.

C'est fatal.

Plus haut que la cime des feux
Croissent les arbres morts
Coulent les eaux stagnantes !
Créons la nouvelle oasis
Élevons cette autre Manic
Forgée dans la courbe lumineuse.

02 octobre 2005

Dimanche d'automne

C'est octobre
Le soleil paresse bas dans le ciel
Un velours à ne pas se presser

Les chalands sourient
Ont tout leur temps
Madame l'Archevêque aussi

Le boulanger n'a déjà plus de pain
Il n'est pas deux heures
C'est dimanche

Tout s'étiole
Deo gratias

27 septembre 2005

Légumes mélangés et autres florilèges

Alphonse Allais, poète en os troubles
La vie est un remake des chants du mal d'Aurore
Soleil frais d'automne botulique

26 septembre 2005

Café Byblos

Au commencement était le verbe
Que n’ai-je compris plus tôt

Les mots sont des cristaux
Les livres des glaciers
Les biblios des biblios
Madame Pouf règne sur le Café Byblos

Faire fondre la neige des mots
La glace des dicos
Découvrir le feu, le fou,
Le cri furieux du fou du feu

Votre tentative de connexion a échoué

À l’ombre des clichés
La cathédrale des mots
Expressions, associations,
Assonances, assommances
Affichage Insertion Format Outils Fenêtre

Aide disponible sous F1

Sous le soleil des faux
À l’ombre des mots
Il n’y a plus de Kilimandjaro
Le Manitoba ne répond plus
Le Mont-Gomery accouche d’une souris

Ne pas oublier de sauvegarder
Sauvegarder sans partage

Contrairement aux Tibias de la vallée de la Logan
Je n’ai jamais cru que les oiseaux avaient un sixième sens
Madame Pouf un cabinet d'essences

Au commencement était le verbe
Il y eut un soir, il y eut un matin
Et vint le correcteur grammatical

Rien du tout

Rien qu’un peu de ciel bleu
Un souffle chaud
Un peu de rien
Un point c'est tout

Quand le pwet poétise

Cantouque de vos quinze ans

Je me rêvais forêt
J'étais un chêne
J'avais seize ans

Je te voyais lac
Tu en avais quinze
Et des yeux, des yeux à fendre l'âme

À l'ombre des grands saules
Les eaux vives étaient frayères
À travers les champs comme un ruisseau
Le ciel comme le temps coulait doucement


C'était au temps des commencements
Avant le grand feu
Avant le grand dérangement
Avant d'avoir tant de fois vingt ans

Forêts rasées
Lacs envasés
Ruisseaux asséchés
Frayères gelées

Pénélope n'attend personne
Ulysse ne va nulle part
On ne monte plus aux chantiers


Et pourtant c'est un bien bel été
Que cet été, que cet été
J'entends la cigale chanter

Et dans vos yeux, vos yeux ma belle
Sous la patine du temps
L'éclat de vos quinze ans

25 septembre 2005

Dimanche

S'il pleut c'est ailleurs.
Ici que des flâneurs.
C'est dimanche.

Pour en finir

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Pluie

Il pleut du gris frais. Il n'y a personne chez le marchand de glace.

Verbosité

Cette touche de fonction modifie le niveau de verbosité de l'auteur. Chaque niveau de verbosité agit d'une façon différente pendant l'écriture. Les différentes options de verbosité sont : Normale, Haute et Basse. Quant au lecteur...